Le
standard d’une race est la description détaillée de sa morphologie,
c'est-à-dire de sa forme et de sa structure. Il a une double utilité :
-
il
sert à évaluer la conformité d’un individu avec le modèle idéal, et à
classer les concurrents lors d’une exposition par exemple.
-
au-delà des canons esthétiques le standard veille à maintenir les
aptitudes sur la base desquelles une race a été sélectionnée.
Dans le standard du slougui, certains points (poil, peau, encolure,
queue) méritent d’être soulignés dans la mesure où ils sont le gage de
ses talents de chasseur.
Le
slougui est un prédateur domestique. Une sélection millénaire l’a
modelé, génération après génération, pour mieux l’adapter à son terrain,
steppe ou désert, et à ses proies, lièvre, gazelle, chacal. Sa technique
est simple et efficace : il chasse à vue. Le slougui voit sa proie, la
poursuit, l’attrape et la tue. La sélection n’a visé qu’à le spécialiser
autour de cette séquence dont la sobriété se reflète dans sa
morphologie. Le même terrain et la même spécialisation ont produit un
autre archétype de prédateur, le guépard dont on dit souvent que c’est
un lévrier dans une peau de félin.
-
La
peau du slougui est d’une finesse extrême, recouverte par un poil aussi
court que possible, révélant le squelette et la musculature avec une
précision qui ne pardonne aucun défaut. Finesse de peau et brièveté du
poil témoignent d’une recherche de légèreté, d’aérodynamisme et
d’élimination de la chaleur. Chez les sujets les plus purs, la face
sternale du thorax est presque totalement glabre .
-
Le
squelette est fin mais solide, avec des rayons osseux particulièrement
longs permettant une détente encore accrue par la souplesse de la
colonne vertébrale. Deux types de photos illustrent l’amplitude de cette
foulée :
-
Le
slougui ramassé, échine arrondie, postérieurs engagés loin sous le corps
pour prendre appui.
-
Le
slougui volant, étendu au dessus du sol. Les deux positions sont
également classiques chez le guépard.
-
L’encolure doit être longue et souple, pour plusieurs raisons. Pour
repérer sa proie dans les herbes et les buissons cette
encolure-périscope est primordiale. Cela ne suffit pas toujours et on
voit parfois le slougui « faire le beau » en pivotant sur ses
postérieurs pour agrandir son champ de vision quand sa proie lui a
échappé.
Ensuite pendant la course, le mouvement de
balancier de la tête et de l’encolure participe à l’élan.
Enfin, pour attraper sa proie en pleine
course ou après l’avoir déséquilibrée d’un coup de patte l’utilité d’une
encolure longue et souple est évidente.
-
La
longueur du museau peut aussi aider à « harponner » un gibier en fuite,
mais elle s’explique surtout par la nécessité de refroidir et
d’humidifier l’air, par le passage dans les sinus.
-
Le
fouet : lors d’une poursuite la vitesse et l’endurance sont nécessaires,
mais la maniabilité pour suivre la proie dans toute ses feintes ne l’est
pas moins. Le slougui doit changer de direction en une fraction de
seconde, si possible sans ralentir, son changement de direction
nécessite un contrepoids pour garder l’équilibre. Comme chez le guépard,
son alter-ego félin, la queue, ou fouet, joue le rôle de balancier. Dans
les poursuites filmées au ralenti, le mouvement de moulinet de la queue
est caractéristique. C’est pourquoi les propriétaires d’un slougui dont
le fouet a été amputé suite à un accident remarquent combien il est
handicapé, pendant plusieurs mètres à chaque virage serré. Au Maroc, les
chasseurs ont recours à un test systématique : ils font passer le fouet
entre les cuisse puis le remontent de côté vers la pointe de la hanche.
L’extrémité du fouet doit arriver au moins à la pointe de la hanche du
côté où il remonte, voire à la pointe de la hanche du côté opposé.
Cependant la longueur ne suffit pas. Un
balancier est plus efficace avec une masse à son extrémité : l’extrémité
du fouet doit revenir sur elle-même et former un anneau, que les
chasseurs marocains appellent « sfenja ». De même le bâton du chasseur
porte un renflement terminal qui aide à le projeter avec plus de force
et de précision. Une légende illustre cette caractéristique qui n’est
pas suffisamment détaillée par le standard : on raconte que pour tester
la persistance de cet anneau, des chasseurs l’introduisent dans le tuyau
d’une flûte. Ils attendirent quarante ans, et dès le retrait du tuyau,
l’anneau se reforma instantanément. C’est devenu un proverbe pour
décrire quelqu’un dont on ne peut modifier le caractère.
De
caractère le slougui n’en manque pas. Il en a même à revendre, un
caractère de chat-chien. Le mot « indépendant » revient comme un
indésirable cliché. Pourtant il est plus distant qu’indépendant. Il aime
son maître, mais ce n’est pas une raison pour obéir à des ordres
saugrenus et sans rapport avec la chasse (« viens ici », « assis »,
« donne la patte »). Par contre au moindre « tssst », ou « heyy heyy »
onomatopées qu’on peut traduire par « la v’là, la v’là », signalant une
proie, tous les slouguis sont sur les starting blocks. Bref, il n’est
pas désobéissant : il choisit ses ordres.
Ceci mis à part, il y a une grande diversité de tempéraments chez le
slougui. Il a été sélectionné uniquement sur son aptitude à la chasse,
ce qui a permis le développement de personnalités variées. On trouve des
slouguis gardiens, des casaniers, des retrievers, quelques chiens
d’arrêt ,des dominants bagarreurs… et beaucoup de mélancoliques qui
semble insatisfaits de leur condition canine. La quasi totalité a un
goût inné pour le luxe et le confort, quoiqu’on les rencontre le plus
souvent dans des conditions qui mettent à l’épreuve leur rusticité.
Ce
chasseur spécialisé au caractère polyvalent s’est répandu dans toute la
zone arabo-musulmane. Son berceau reste le Maroc, mais il a été
photographié à la chasse dans les années 60 jusque sur les Hauts
plateaux afghans au côté de son cousin, le Tazi. La parenté du Slougui,
lévrier arabe, du Tazi, lévrier afghan, et du Saluki, lévrier persan se
retrouve au niveau linguistique : le terme « slougui » n’est qu’une
altération en dialecte marocain de l’étymologie arabe « Salouki »,
repris à l’identique pour le lévrier persan. Tazi signifie « arabe »…en
langue persane, utilisée dans une partie de l’Afghanistan. S’y retrouve
qui pourra …
Aujourd’hui l’aire de distribution du Slougui s’est dramatiquement
réduite. Rendu inutile par la raréfaction du gibier , abâtardi par des
métissages anarchiques, victime indirecte de la sécheresse et de l’exode
rural, il est sur le point de disparaître du fait de l’homme : une loi
française de 1844 interdisant la chasse avec des lévriers a été étendue
aux colonies et protectorats d’Afrique du Nord. Conservée après
l’indépendance de ces pays, elle impose au slougui un statut de nuisible
susceptible d’être abattu par un garde forestier ou de valoir de lourdes
amendes à son maître. La baisse des effectifs qui en a résulté a
conduit au Maroc à l’importation de Galgos, lévriers espagnols. Ceux-ci
sont entrain d’absorber les derniers slouguis, par des accouplements.
Une
seconde chance est donnée au slougui comme chien de compagnie en Europe,
mais il risque de s’y transformer en objet de musée, en objet esthétique
poursuivant des trophées dans des concours de beauté, comme tant de
races de chiens de chasse, de garde, de traîneau coupées des fonctions
qui les ont créées et maintenues.
Des
amateurs éclairés le font concourir en PVL, (Poursuite à Vue sur Leurre)
mais rien ne saurait remplacer la chasse en conditions réelles. Cette
activité doit être réhabilitée en Europe et au Maghreb, comme banc
d’épreuve du slougui, de façon codifiée pour éviter tout abus
cynégétique.
La
raréfaction du slougui au Maroc, la consanguinité qui en résulte, le
métissage avec les galgos augurent d’un avenir incertain dans le berceau
de la race. Sa sélection en Europe sur des critères morphologiques
esthétiques plus que fonctionnels d’une part une alimentation équilibrée
et (sur) abondante d’autre part mènent à une augmentation de la stature,
plutôt bienvenue, mais aussi à une ossature trop forte, une musculature
trop étoffée, une peau parfois épaisse, un fouet souvent trop court, ou
dépourvu d’anneau terminal. Toutefois ceci éloigne le slougui de sa
finalité : la chasse, basée sur l’endurance et la vitesse. Les exigences
des juges, (tout à fait justifiées) en matière de port d’oreilles,
silhouette, forme de la tête… devraient englober des critères considérés
comme secondaires en exposition alors qu’ils sont primordiaux dans le
choix (le jugement) des chasseurs marocains : peau, poil, encolure,
fouet surtout , tissus en général ; en particulier, la « dictature de la
toise » doit cesser car elle élimine de façon mécanique certains sujets
« trop grands » ou « trop petits » alors qu’ils seraient d’excellents
chasseurs, très appréciés dans leur pays d’origine. Un mâle de
« seulement » 66 cm peut être un bon reproducteur, de même qu’un
« géant » de 75cm et plus, si par ailleurs ils sont harmonieux,
proportionnés, conformes aux critères empiriques des
chasseurs-utilisateurs.
Quant à la consanguinité, elle doit être l’exception quitte à faire
saillir une femelle par un mâle peu titré mais génétiquement éloigné,
et les échanges de reproducteurs et de saillies doivent être encouragés,
entre les diverses régions du Maghreb et entre le Maghreb et l’Europe.