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QUATRE STANDARDS
POUR LE SLOUGHI
Le
sloughi a
mis
bien longtemps avant
d'être
effectivement
bien caractérisé.
Dès
la
conquête
de
l'Algérie
et
du
Maghreb,
les observateurs n'ont
plus
forcément
sous
les yeux de
parfaits représentants de la
race, ce qui
va
aller en s'accentuant par des
croisements malheureux avec des
lévriers européens
(1).
La première description du sloughi a
été faite par
1e Général
Daumas (en 1851, dans
plusieurs ouvrages sur le Sahara)
(2). Il
parle
essentiellement des rapports
de l'Arabe et du sloughi, de ses
méthodes de sélection, tout en
brossant un rapide portrait de l'aspect du chien.
Puis
plusieurs études, ou observations,
aux alentours de ce
siècle : celle de Charles Cornevin
(3) qui donne une description biométrique.
Malheureusement, le dessin qui l'illustre
nous fait douter de la valeur de son travail, son sloughi n'étant
qu'un greyhound.
Charles Mégnin (4),
lui, met le sloughi
en bonne place dans son ouvrage
et
en fait
une étude assez complète. Il
distingue notamment deux
types, l'un de « montagne », l'autre
« des sables », différents par la taille,
l'ossature et l'utilisation :
celui des sables, plus petit et
léger étant particulièrement
destiné à chasser la gazelle, l'autre de taille
imposante correspondant aux
sloughis
des études de Daumas et
Cornevin.
Enfin de Schaëk,
passant en revue les
chiens d'Afrique, se réfère aux
travaux de Mégnin pour
réfuter les observations
de
Koblet (et d'une revue scientifique
allemande de l'époque), qui
sont pourtant intéressantes,
car elles nous donnent une autre image du
sloughi. Voici un extrait de Kobelt
: « Vers
Ben Noura, la station avant Kroub je
vis [...] un véritable sloughi des
Déserts,
de belle
race, qui
ressemble à notre
grand lévrier ;
cependant il était plus vigoureux et
portait ses oreilles
pendantes,
très gracieux
dans
ses
allures ;
mais quand on l'excitait il devenait
sauvage et sanguinaire. Les
chiens de cette région sont
généralement d'un jaune roux
uniforme mais l'on en voit aussi au pelage
rayé et à Tunis, j'en remarquai un
d'un noir brillant. Ils vivent
toujours séparés des chiens
ordinaires des villages, leurs allures
sont très
rapides. Les meilleurs qui appartiennent
aux chefs,
capturent
la gazelle.
On
chasse ordinairement l'Alcephalus
bubales ». Et de Schaeëk
d'ajouter : « Kobelt commet
une erreur en donnant aux
vrais sloughis les oreilles
pendantes. Les plus purs sloughis ont les oreilles des lévriers
[...]
elles sont légèrement
plus grandes que le greyhound » (5)
Nous voyons donc bien les
divergences quant à la
morphologie exacte du sloughi dès
le début du siècle, à propos
notamment du port d'oreilles,
de la taille, dans une certaine
mesure aussi de la couleur du pelage.
Plus grave, les caractères
essentiels sont plus ou moins bien décrits et n'apparaissent pas avec
netteté. Les observateurs
paraissent subjugués par les
soins dont on entoure le sloughi, sans
essayer de
distinguer
ce qui, par exemple, le
différencie
du
greyhound (cf.
croquis
n° 1).
Le premier standard, qui parait dans
l'ouvrage du Comte de Bylandt (6) reste dans la
même ligne :
l'oreille est décrite comme étant
un peu plus longue que celle
du greyhound mais pliée en
arrière. Il indique une taille au
garrot
de 60 à 70 cm, c'est-à-dire un chien
de taille moyenne. La couleur
est sable avec le masque et la
bordure de l'œil noir, c'est
d'ailleurs la seule teinte désirée.
Mais l'ouvrage est également
intéressant par l'iconographie
abondante, et par les études
d'un des premiers éleveurs en Europe, le
Néerlandais Auguste Le Gras, ses
croquis notamment :
on y voit notamment qu'il a « compris »
la tête et la morphologie du
sloughi. Son sloughi idéal a l'ossature saillante,
est plutôt maigre ; le dessin du port
d'oreille varie curieusement
: sur deux croquis
elle est pliée toutefois être rejetée ;
sur un autre, « en conque » comme
celle du greyhound ;
sur
un
troisième enfin elle paraît
plate mais rejetée sur le cou. Les
photographies
sont aussi très
intéressantes. surtout celles qui
représentent les sujets de ce
M. Le Gras. Plusieurs ont l'oreille parfaitement plate, ils sont
d'ossature légère, mais
apparente, de taille assez modeste. Dans l'ensemble,
ils ont plus un « aspect de race »
que l'image donnée par le standard.
La seconde rédaction de ce standard
date des
environs de 1925, sous l'impulsion
d'un « Club Français du
Sloughi », première association
officielle s'occupant de la race. Assez
proche du premier qu'il reprend, il
témoigne cependant d'une meilleure connaissance de
la race :
si l'oreille désirable est toujours
proche de celle du greyhound,
on note qu'il
existe des sloughis la portant
« dirigée en avant »,
entendons par là une oreille plate (7).
On constate également que d'autres
robes que sable sont
« également appréciées ».
Cependant,
certaines
régions
(cou,
épaules,
reins, croupes, pattes) sont
qualifiées de très (ou bien) musclées. Le standard de 1938, le
troisième donc supprimera toutes ces
expressions.
« Muscle
sec et ossature saillante ».
Il
les
remplacera
par les notions de sécheresse
musculaire, de muscles longs et plats,
de
l'ossature
saillante très
apparente,
qui
n'étaient pas clairement perçues
jusqu'alors. Il semble qu'on
prenne enfin conscience dans
ce standard des différences
raciales les plus
importantes : car on ne
notait en fin de compte dans les
premiers standards un crâne
plus bombé et arrondi que celui du lévrier
anglais, un cou plus court... On
prend également
conscience
de la
parenté
des
sloughis
d'Afrique du Nord avec les lévriers
d'Orient, en privilégiant l'oreille
plate, « morte », qui est leur
apanage. L'erreur des premiers
standards était de vouloir faire entrer le
sloughi dans l'ethnie, totalement
distincte, des lévriers
européens. Enfin, on se rappelle les
observations de Mégnin, en
distinguant deux types par le
format et l'ossature, ce qui se
voit dans la latitude laissée quant
à la taille (de 55cm à 75cm).
C'est ce document qui
teste la base des études actuelles
sur le sloughi. Il laisse voir
tout le travail accompli par ces
éminents cynologues : Mlle
Turcat
(aujourd'hui
Mme
Davin), MM. Durel et
Sénac-Lagrange.
Le
Maroc,
dépositaire aujourd'hui du standard
de la race, en a bien modifié
quelques détails : on a
supprimé l'introduction où était faite la distinction
des
types
« montagne » et
« sables »,
conséquemment on a comprimé
l'échelle des
tailles.
Mais
d'une manière
fâcheuse :
la taille idéale devant se situer
pour ce standard marocain
entre 60 et 70 cm, on aboutit
à la situation assez illogique de
voir une grande partie des mâles
sloughis avec une taille « hors-standard ». Sa transformation
majeure concerne
la pigmentation :
on semble devenir plus
sévère en
voulant éliminer
toute trace de panachure (le sloughi
étant bien sûr unicolore) mais en
l'étant moins par ailleurs
pour la pigmentation des yeux
ou de la peau (par exemple :
on tolère des lèvres brunes).
Il est à remarquer sur ce
point que le standard de 1938
paraissait déjà moins sévère
pour la pigmentation que les deux premiers qui faisaient remarquer des
ongles, des soles, des lèvres
bien noirs. Sans compter
le
Général Daumas
parlant
du
« palais noir du sloughi »...
L'oreille « morte » du sloughi. (das
tote hache ohr des slughi).
A l'examen de
quelques documents et des
standards
décrivant le sloughi, nous avons
constaté
l'imprécision de la description du
port d'oreille et
l'existence en fait de plusieurs
ports d'oreilles.
Ces vicissitudes
se
retrouvent dans les ports d'oreilles
des sloughis actuels (voir
croquis n° 2). Voici quelques
observations, base pour une étude statistique
qui va bientôt commencer. Et qui aura pour but de connaître
la transmission,
du point de vue génétique, des
différents port, d'oreilles du
sloughi. Cette étude permettra
de trancher entre deux opinions,
l'une qui dit que l'aspect
sloughi prime avant toute considération
morphologique particulière,
l'autre qui
voudrait
commencer
l'homogénéisation
de la population sloughi par le port
d'oreille (celui-ci étant un
caractère distinctif frappant
avec le greyhound, à qui le profane
assimile
souvent le sloughi).
Première remarque
: le port d'oreille du
greyhound, à proprement parler,
n'existe pratiquement pas chez le sloughi et doit indiquer
à coup sûr un croisement, comme
l'indiquait d'ailleurs il y a
longtemps Mme Davin.
Certains sloughis peuvent
momentanément porter
l'oreille à la façon du
lévrier anglais, mais
en aucun cas collée constamment à la
nuque comme ce dernier.
La seconde
remarque
concerne
un port
typiquement sloughi, tout au moins propre à beaucoup de sloughis
provenant d'Afrique du
Nord
:
l'oreille est pliée comme celle du
lévrier
anglais, mais
sans laisser du tout
apparaître l'intérieur. Ce pli
provoque d'autre part
l'écartement des oreilles par rapport au
crâne ;
pour se plaquer elles doivent
s'incliner vers le cou. L'oreille est également dans ce cas
très mobile, parfois plate, parfois
portée « en feuilles de
rose », plus ou moins écartée
du crâne, plus ou moins
rejetée en arrière. D'aucuns
pensent que c'est là le port typique du
sloughi
d'Afrique du Nord, comme Mme
Siméon -Lavallart. En tout état de
cause, il se rapproche
certainement plus du port greyhound que de celui des lévriers orientaux,
et c'est pourquoi le standard
de 1938 le juge peu désirable (8).
Il faut remarquer
que ce port caractéristique
n'était pourtant pas distingué du port greyhound
dans les documents anciens (sauf les
dessins de
l'éleveur hollandais du début du
siècle, Auguste Le
Gras). On peut expliquer
cette anomalie
dans le désir qu'on avait alors
de voir le sloughi
posséder le port d'oreilles
« du lévrier »,
c'est-à-dire
des lévriers
européens.
Enfin la longueur,
la texture paraissent
assez
variables
et semblent influer sur le port
d'oreille et sa transmission héréditaire.
L'influence de ces détails sur le
port
lui-même
se voit surtout pour le port : « oreille
plate », c'est-à-dire
l'oreille portée correctement.
Il faut en effet
distinguer de l'oreille plate
l'oreille
« morte », plaquée à la tête, qui reste
l'idéal.
Il nous a semblé que
ce port d'oreille parfait s'accompagnait d'une plus grande longueur,
minime bien sûr, peut-être même d'une moins grande finesse de tissus. Ce
qui concorde avec une autre observation : le standard de 1938, qui prône
l'oreille plaquée à la tête, a supprimé les notions de finesse et de
longueur de l'oreille que donnait le standard de 1925, qui désirait
l'oreille rejetée.
D'autre part, il
semble que cette finesse et cette petitesse de l'oreille concouraient à
transmettre une oreille ayant tendance à se plier. C'est-à-dire qu'un
chien qui porterait l'oreille plate mais plutôt petite et aux tissus
très fins, aurait peu de chance d'avoir une descendance aux oreilles
correctes. Par contre, chez le sujet porteur d'une oreille pliée, la
longueur de celle-ci et une moins grande finesse permettraient, en peu
de générations et avec les croisements appropriés, d'améliorer nettement
le port d'oreille.
En conclusion, il
apparaît très important de savoir si la longueur et la texture ont un
rôle primordial ou non pour obtenir des ports d'oreilles corrects. Une
étude sérieuse permettrait de donner à ce détail de morphologie son
importance réelle.
____________
(1) Nous parlons ici, bien sûr,
essentiellement des sources d'information françaises, les seules connues
de nous, et en conséquence des sloughis d'Afrique du Nord.
(2) Par exemple : Les chevaux du Sahara.
Chamerot éditeur (1851).
(3) Charles Cornevin : Traité de
zootechnie spéciale. J.-P. Baillière et Fils éditeurs (1897).
(4) Charles Mégnin : Les races de chiens
(2 vol.), 1897-1900.
(5) Pour ajouter à la confusion, de
Schaek dit à propos des lévriers d'Afrique du Nord : « ... (elle)
possède 4 ou 5 espèces de lévriers, dont deux véritables sloughis, un
lévrier à poil ras et à oreilles pendantes, un lévrier de chasse, enfin
un lévrier à poil long dont les oreilles retombent. »
(6) Comte de Bylandt : Les races de
chiens. R. B. J. Postema et J. Van Raalte éditeurs, Laeken, 1904.
(7) La partie externe de l'oreille,
couverte de poil, cache alors l'intérieur et se trouve, de ce fait
portée « en avant ».
(8) Extrait du standard.
QUELQUES REPRESENTATIONS DU SLOUGHI AU DEBUT DU SIECLE

(Croquis extrait de l'ouvrage de CORNEVIN « Traité de Zootechnie
Spéciale » 1897)
Le
sloughi ci-dessus n'est en fait qu'un lévrier anglais. Notez le jarret
très court mais aussi la queue, tout à fait ridicule.

(Croquis extrait du livre de P. MEGNIN « Le chien et ses races »
1897-1900)
Nous
sommes encore loin d'une représentation objective du sloughi. Ces lignes
lourdes, cette croupe arrondie sont dues au crayon de Pierre Mégnin qui
représente ainsi tous ses lévriers.

(Croquis extrait de l'ouvrage du Comte de BYLANDT, par LE GRAS, 1900)
Le
Gras, éleveur hollandais, est le premier à avoir donné une
représentation correcte du sloughi : oeil sombre, masque, proportions de
la tête, dos droit, croupe sèche, extrémité du fouet enroulée.
(Il est
curieux de voir l'évolution du port d'oreilles dans ces trois
reproductions)
Croquis de G. SASIAS |