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LE
SLOUGHI
Ce noble lévrier d'origine asiatique est le compagnon traditionnel des
nomades du nord de l'Afrique.
Le
Sloughi
passe
à
juste
titre
pour
le
plus
intelligent
des
lévriers.
Avec
I'Afghan
et le Persan, il est l'un des
trois lévriers d'origine asiatique
;
mais
ce sont les Arabes qui ont fait de
lui ce chef-d'oeuvre d'esthétique
et d'efficacité et qui l'ont amené
avec eux lorsqu'ils ont
conquis le nord de l'Afrique.
Le Sloughi, dans ces régions,
a alors peu à peu supplanté les races locales
de lévriers lupoides à oreilles
dressées et queue « en
trompette », dont on trouve
des représentations dans les
peintures rupestres
du Sahara
d'époque
néolithique et dans l'iconographie
de l'ancienne Egypte. Chien
de vitesse mais aussi
chien de fond, à la silhouette
racée, à la démarche
aristocratique, le Sloughi,
(lévrier à poil ras
généralement de couleur sable,
est avant tout un animal de
chasse, fait pour rattraper la gazelle
- d'où sa morphologie typiquement
fonctionnelle. Indépendant et
fier il n'est ni soumis ni
docile. Il faut, pour l'aimer,
reconnaître et accepter son caractère libre, et le besoin d'indépendance
qu'il a pris, conséquence de
l'habitude de vivre dans de
grands espaces. En effet,
depuis des siècles, il est le
compagnon traditionnel des nomades
d'Arabie Séoudite et de l'Afrique du Nord, qui le considèrent
comme le « noble » (« el hor »
en arabe), par opposition aux
chiens appelés « kelb » et
jugés méprisables.
Or, il se trouve
que ce chien né pour la chasse est
également excellent pour la
garde. M. Robert Mauvy, l'actuel président du
Club du Sloughi, raconte qu'il
eut maintes fois l'occasion de
voir en Afrique les Sloughis
quitter la place de choix
qu'ils occupaient sous les
tentes pour se joindre aux « kelb »,
et faire front avec eux pour
repousser l'intrus, homme ou
animal, qui s'approchait
du campement, puis
revenir dignement veiller auprès
de leurs maîtres, tout étant
rentré dans l'ordre.
C'est au Moyen Âge, à l'époque
des Croisades, que le Sloughi fut
introduit en France. On a pu lire qu'on le retrouvait fréquemment,
sculpté dans le marbre ou le
granit, au pied des gisants
des pierres tombales mais, en fait, les lévriers des gisants sont
beaucoup
plus
proches
des Greyhounds que des
Sloughis. Chose étrange, le Sloughi
est relativement peu
représenté en France, où il s'acclimate cependant
sans problème. Il ne fait
même aucun doute que bon
nombre de races, actuellement,
lui sont en partie redevables de
leur vitesse et de certains traits morphologiques. On le trouve
maintenant
dans
les
régions
de civilisation
islamique,
de
l'Atlantique
au
Golfe persique,
et en particulier dans les zones
subdésertiques, comme
les confins sahariens de l'Afrique
du Nord, la Tripolitaine et
la Lybie. On le rencontre aussi
au Moyen-Orient, où il coexiste
avec des chiens d'une
morphologie semblable, mais à
poil plus long, aux oreilles et à la queue
frangées, qui sont en fait des Salukis.
Affectueux pour son seul
maître, indifférent avec les
étrangers,
terrible
avec
ceux
qu'il croit animés de mauvaises
intentions, c'est effectivement un
excellent gardien. Tout en aimant
passionnément la course et les
grands espaces, il apprécie
le confort et s'accoutume à la
vie en appartement. Il est propre,
silencieux et il est surtout
superbement décoratif.
supérieurement
racé
Le Club du Sloughi(1) fut fondé
en 1935, à Toulon,
par Mlle Turcot, parente du
pilote
du Concorde. Elle s'en est
occupée activement jusqu'à la guerre
de 1939, date à laquelle M.
Sénac-Lagrange lui succéda comme
président, puis M. Charles Duconte.
Lors de la dernière assemblée
générale du club, on comptait cent soixante dix membres.
D'après le fichier de tous
les chiens répertoriés par le
club, on ne dénombrerait pas
plus de quatre cent cinquante
Sloughis dans toute l'Europe,
dont trois cents en France.
Cent cinquante six seulement
sont inscrits au Livre
généalogique. « L'apparence
générale
du
Sloughi, dit M. Robert Mauvy,
président du club, est celle d'un
chien supérieurement racé dans
sa stature, ses formes et sa
démarche. Sa musculature est sèche
et ses tissus sont d'une extraordinaire
finesse. La tête, longue, fine
et ciselée, est proportionnée
à l'animal longiligne. Vue de face, elle va en s'élargissant
de la truffe à la protubérance
occipitale. Le crâne est
harmonieusement arrondi à sa chute vers les premières vertèbres
cervicales entre lesquelles
se trouve une dépression assez accusée comme dans toutes les
races distinguées. Les pariétaux
suivent la ligne évasée d'avant en arrière. Les lèvres sont minces
et bridées, mais couvrent le renflement des canines. La denture
en ciseau doit être correcte
comme il sied à un animal qui
appréhende sa proie en courant.
L'oeil est très beau, très
foncé, bien enchâssé, non
exhorbité. Suivant les
impressions du chien,
l'expression au repos est lointaine,
nostalgique, comme elle peut
être câline ou terrible. Ce
sont les contractions des muscles
qui donnent l'expression à cette
figure plus que le globe
oculaire lui-même. »
Il semble hélas, comme le déplore
M. Jean-Marie Devillard, secrétaire
général du Club, que cette race magnifique soit menacée
de
disparition.
« Les
Sloughis, dit-il et surtout les
beaux Sloughis, sont devenus
fort rares, aussi bien en Europe que dans les pays d'origine. En
France, par exemple, sur les
quelque trois cents spécimens qu'on y
compte encore, une centaine
seulement méritent de se
reproduire. » Le
déclin
du
Sloughi en Afrique du Nord
s'explique par la disparition de sa
fonction de prestige (il était
l'apanage des familles nobles),
mais surtout par la disparition
de sa fonction de chasse. En effet,
la chasse au Sloughi est
théoriquement interdite en Afrique
du Nord. Ces chiens ne sont
plus, comme jadis, l'objet de soins jaloux
;
ceux qui errent
sont abattus. Quant à ceux qui
en réchappent, ils se reproduisent
à tort et à travers, dans le
bled... D'où un appauvrissement,
un
abâtardissement
inévitable de la race.
Il reste pourtant encore on Afrique
du Nord quelques noyaux
de purs Sloughis. C'est pour
cette raison que le Club vient de
mettre en place un réseau de
correspondants dans les trois
pays d'Afrique du Nord et au
Moyen-Orient. Ce réseau de
correspondants permet de rassembler
des observations faites
sur les Sloughis de ces pays, sur
les différents types que l'on rencontre,
sur les modes de conduite
d'élevage, sur les types de
nourriture, sur les critères de sélection.
« Ces contacts et ces
échanges
d'informations avec
les pays d'origine du Sloughi,
précise M. Pérignon, membre du
Comité du Club, ont une
importance
fondamentale car il
serait
aberrant de vouloir conduire l'élevage français de manière
autonome sans procéder à des
échanges d'animaux avec ces
pays, sans retremper régulièrement
le cheptel européen. »
coureur de fond
Privé, donc de son activité
atavique,
la chasse,
dans les
trois
pays nord-africains qui constituent
sa zone de dispersion, le
Sloughi aurait
retrouvé dans les épreuves de compétition sportive
une activité de rechange.
Essentiellement coureur de fond,
le Sloughi
peut tenir l'allure de
55 à 60 km/h.
Les courses de lévriers
connurent une vogue certaine
pendant la période de l'entre-deux
guerres en France. Actuellement encore, des épreuves
sont
disputées, mais elles ne
provoquent plus
l'engouement
de naguère
;
en outre, on
fait
surtout courir des Whippets et des Greyhounds. En Allemagne
toutefois, les
Sloughis ont gardé
leurs chances.
On les y utilise
beaucoup sur les cynodromes et
ils viennent d'obtenir leur licence.
Mais il ne s'agit là que d'une
activité de remplacement, car
le sloughi est plus un chien
de chasse qu'un chien de course.
Encore très près de la nature malgré
les millénaires de domestication,
le Sloughi, chien noble s'il
en fut, et nullement servile,
doit survivre. C'est pourquoi
le Club qui veille sur la race
est à la recherche de toutes
les bonnes volontés susceptibles
de
l'aider dans sa tâche.
Jacques
Hameline
(1) Club du Sloughi, seul club affilié à la Société
Centrale Canine. Président
:
M.
Robert
Mauvy, Nueil-sous-Faye,
86200
Loudun.
Secrétaire
général:
Jean-Marie
Devillard,
46,
boulevard
Desaix, 63200 Riom. Téléphone du Secrétariat
à Paris
:
288.83.40 et 847.04.97.
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