|
Si l'on retire le "mais" et le point
d'interrogation du titre: De beaux chiens, mais en forme et en bonne
santé ? la phrase qui subsiste ferait parfaitement l'affaire comme
slogan publicitaire d'un élevage. Elle donnerait à l'acheteur potentiel
d'un chien de race une image susceptible d'emporter sa décision.
Malheureusement le "mais" et le point d'interrogation sont parfaitement
légitimes. Dans l'état actuel de l'élevage des chiens de race aucun
acheteur ne peut en effet obtenir la garantie que son animal sera
effectivement sain et fort.
Pour l'essentiel, trois
types de problèmes s'opposent à l'idéal de beauté, de santé et de forme
physique que se forgent légitimement éleveurs et amateurs de chiens de
race.
1. Des standards de race
- et leur interprétation - poussés à l'extrême. Il en résulte que des
chiens conformes en tout point à leur standard présentent des troubles
de santé plus ou moins accentués et qui compromettent leur bien être.
2. La diffusion plus ou moins
vaste de défauts héréditaires et de prédispositions génétiques à des
maladies touchant certaines races de chiens.
3. Un niveau de consanguinité
excessif dans la population des élevages canins, avant tout en raison
d'un trop faible nombre de reproducteurs dans certaines races.
Abstraction faite des
standards extrêmes - ce problème devrait être réglé en premier lieu
entre éleveurs et amateurs par le biais de discussions critiques sur les
limites du raisonnable à ne pas franchir (notamment sur les exigences
esthétiques) - les deux autres problèmes ont en commun des causes et des
solutions que l'on peut rarement dissocier.
Un nombre trop restreint
de reproducteurs provoque obligatoirement une élévation du taux de
consanguinité. Il s'en suit fatalement l'apparition d'une population
homozygote (1) dont découle d'une part une baisse de la condition
physique des animaux et d'autre part un accroissement de leurs défauts
génétiques. Des mesures de sélection deviennent alors au moins
recommandables, sinon indispensables, pour réduire ces risques mais,
réduisant encore le nombre des reproducteurs, elles provoquent une
nouvelle augmentation de la consanguinité. Si, par contre le vice
héréditaire n'est pas éliminé en raison d'absence ou d'insuffisance de
sélection, la diffusion des gènes défectueux se poursuit. L'élevage des
chiens de race finit ainsi dans un cercle vicieux qui aboutit soit à la
dégénérescence de la race considérée, soit à son extinction.
Pour sortir de cette impasse,
éleveurs et responsables d'élevages doivent remettre leurs pratiques en
question sur plusieurs points. Cet exposé ne va pas vous fournir de
formule passe-partout. Il vise au contraire à montrer les plus
importantes des erreurs qui ont mené à cette impasse pour provoquer des
solutions qui permettront, le cas échéant, d'en sortir.
(1)
Homozygote/hétérozygote: dans une cellule ou un individu, les
deux formes d'un même gène peuvent être différents (hétérozygote) ou
identiques (homozygote). Les caractères héréditaires de chaque individu
sont sous la dépendance de déterminants qu'on appelle les gènes. Chaque
individu possède une paire de chaque gène; l'un provient de son père et
l'autre de sa mère. Un gène peut exister en différentes versions. Si les
deux exemplaires d'un individu sont identiques, autrement dit si la
version reçue du père est la même que celle reçue de la mère, on dit que
l'individu est homozygote pour ce gène. Si les deux versions sont
différentes, on dit que l'individu est hétérozygote pour ce gène. Le
caractère final d'un individu hétérozygote dépend de quelle version est
dominante et quelle version est récessive ( loi de Mendel)- Le
dictionnaire des sciences - Hachette 1990 (NdL)
___________________________________________________
Erreur n°1: Les schismes
dans les clubs de race, en raison des mauvaises relations ou
d'incompréhension entre membres.
Dans ce contexte, des
cheptels d'élevages déjà restreints se trouvent divisés en deux (ou
davantage) sous-populations. La solution est théoriquement simple:
amener les éleveurs à tirer à la même corde dans l'intérêt de la race de
chien concernée.
Erreur n°2: L'élevage séparé de races aux
phénotypes semblables, de même que l'élevage séparé de différentes
variantes ou de différentes souches d'une même race.
De son point de vue et
avec toute sa compréhension pour les passionnés d'une race donnée, le
généticien ne peut que recommander de rassembler en une seule population
des races qui ne se distinguent l'une de l'autre que par d'insignifiants
critères d'aspect. Ainsi de nombreux petits élevages à faible effectif,
tôt ou tard condamnés à l'extinction, peuvent reconstituer ensemble une
population suffisamment nombreuse pour revenir à un travail d'élevage
sensé. Cette recommandation concerne par analogie les élevages
spécialisés de chiens de couleurs différentes tel qu'il en existe dans
plusieurs races.
Plus généralement, il faut
arriver à établir les critères limitatifs des races avec suffisamment de
largeur d'esprit en vue d'obtenir une plus grande variance génétique.
Erreur n°3: L'élevage
de mâles champions.
Mathématiquement la
population effective et, par conséquent, le taux de consanguinité par
génération se calcule en fonction du nombre de reproducteurs mâles et
femelles utilisés. Ainsi augmenter le nombre de femelles saillies par
seulement quelques champions mène à réduire la population effective de
l'élevage et accroît fortement son taux de consanguinité.
L'intensification de la
sélection obtenue en limitant le nombre de mâles d'élite admis à la
reproduction se paie par l'augmentation du niveau de consanguinité par
génération. Cette augmentation exagérée constitue dans tous les cas le
pendant prévisible à l'utilisation déterministe de certains étalons.
Lorsque, comme cela se pratique fréquemment, des mâles particulièrement
beaux sont utilisés plus souvent que les autres, il suffit qu'augmente
la part de la population engendrée par ces quelques géniteurs pour que
la consanguinité progresse dans la même mesure.
Erreur n°4: Sélection
sur la base d'exigences minimales.
En général les chiens
d'élevage sont sélectionnés de telle manière que les sujets affectés
d'un défaut défini comme excluant, sont éliminés sans égard à leurs
qualités propres. Ces "défauts excluants" ne portent le plus souvent que
sur des critères esthétiques tels que, par exemple, la couleur (taches
blanches….) ou la texture du poil, ou sur des points ne relevant pas ou
peu de la santé de l'animal (queue mal formée ou prémolaires manquantes)
Dans ces conditions, la
population de l'élevage va forcément perdre une série de gènes positifs.
Des chiens sont éliminés sur des critères avant tout esthétiques alors
qu'ils sont par ailleurs exempts de tares génétiques telle que, par
exemple, la dysplasie de la hanche. Pourtant ces sujets sont par essence
en bonne condition physique et présentent des caractéristiques positives
qu'il serait important de valoriser.
Pour les races qui sont
particulièrement sujettes à la dysplasie de la hanche, il est
injustifiable au plan génétique d'éliminer un individu exempt de cette
tare simplement parce qu'il présente une tache blanche "interdite".
La problématique de l'élevage
appliquant des standards de race extrémistes doit donc également être
abordée sous cet angle là. Non seulement parce que ces races sont, dans
la plupart des cas, porteuses de problèmes de santé, mais surtout, parce
qu'une sélection intensive basée sur des exigences de type ou de beauté
conduit inévitablement à l'appauvrissement de la variance génétique de
sa population, avec toutes les conséquences négatives que cela implique.
Erreur n°5: Accouplements élitistes.
Le choix des mâles et
des femelles à accoupler se fait couramment dans l'idée qu'un beau chien
plus une belle chienne font de beaux chiots. Les meilleurs étalons,
étant systématiquement réservés aux meilleures chiennes, il ne reste
alors plus que de "mauvaises" chiennes à accoupler à de "mauvais" mâles.
Par conséquents les mâles d'élite sont de facto utilisés au-delà des
limites du raisonnable, ce qui mène une fois de plus à réduire la
population de l'élevage |